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Impact de la sécheresse sur la biodiversité de l’Hérault
Le niveau des nappes dans l’Hérault reste très bas malgré les pluies du mois d’octobre. Cette sécheresse durable aura des conséquences à long terme sur la biodiversité du territoire.
Le préfet de l’Hérault, François-Xavier Lauch, a réuni exceptionnellement les membres du Comité Départemental de l’Eau (CDE) pour faire le point sur la situation du département après une année 2023 marquée par une sécheresse intense et durable. Malgré quelques épisodes pluvieux, le niveau des nappes souterraines reste préoccupant, en particulier dans certaines zones comme l’Hérault aval, la nappe astienne et l’Orb aval.
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Les conséquences de cette sécheresse durable sur le paysage héraultais et méditerranéen sont importantes. Christelle Hély, directrice d’études à l’EPHE-ISEM de Montpellier, spécialisée dans les incendies et la dynamique des écosystèmes face aux changements globaux, et Éric Imbert, maître de conférences à l’Université de Montpellier, chercheur à l’ISEM, donnent leur avis sur la question.
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Les changements dans le paysage méditerranéen
Christelle Hély constate déjà des changements dans le paysage méditerranéen. Les chênes verts, une espèce méditerranéenne, montrent des signes de sécheresse avec des feuilles devenant marron. De nombreux îlots d’arbres dépérissent. La végétation de toute l’Occitanie est affaiblie et menace de disparaître à terme. Éric Imbert cite l’exemple de la centaurée de la Clape, une espèce typique du massif de la Clape dans l’Aude, qui a subi une forte mortalité en 2022 suite à un épisode de chaleur extrême.
« La centaurée de la Clape aura totalement disparu du paysage méditerranéen d’ici 20 à 50 ans »
Éric Imbert, qui suit cette espèce depuis 28 ans, estime qu’elle aura disparu du paysage méditerranéen d’ici 20 à 50 ans. Même les espèces les plus adaptées aux conditions extrêmes ne sont pas épargnées. Par exemple, les hêtres de la réserve naturelle nationale de la Massane dans les Pyrénées-Orientales, pourtant mieux adaptés que ceux du nord de la France, souffrent également.
Les risques liés à la sécheresse
Outre les effets directs sur le paysage végétal, la sécheresse entraîne des risques supplémentaires qui augmentent la probabilité de disparition des espèces. Les espèces affaiblies deviennent plus sensibles aux champignons et aux insectes, ce qui les conduit vers un dépérissement avancé. Les pins, par exemple, sont menacés par les chenilles processionnaires. De plus, le réchauffement climatique favorise le développement de pathogènes en forêt, ce qui peut avoir un impact sur la biodiversité.
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Les possibilités d’adaptation
Les animaux ont souvent dû faire face à des défis pour survivre et prospérer. Les oiseaux sont un bon exemple d’espèces qui s’adaptent au changement climatique. Les chercheurs ont observé que les oiseaux modifient leurs comportements et leur physionomie pour s’adapter aux variations de température. Éric Imbert mentionne le cas des perruches à collier dont l’aire de répartition a changé. Les végétaux peuvent-ils également s’adapter ?
« Des espèces affaiblies par la sécheresse deviennent plus sensibles aux champignons et aux insectes, les entraînant vers un dépérissement plus avancé »
Christelle Hély affirme qu’il est possible d’imaginer une adaptation des végétaux à des sécheresses fréquentes, avec des processus qui s’enclenchent. Elle prend l’exemple du pin blanc de Provence, également appelé pin d’Alep, qui a modifié sa physionomie pour résister aux incendies en conservant ses graines dans des cônes fermés. Cependant, Éric Imbert, qui mène des expériences en conditions contrôlées, est plus pessimiste quant à la capacité des graines à se déplacer vers des endroits plus frais à cause du changement climatique rapide. Il souligne également que certaines espèces rares ne varient que peu d’un point de vue génétique, ce qui les rend plus vulnérables. Les deux scientifiques s’accordent sur le fait qu’il est très complexe de prédire comment les espèces végétales réagiront face aux changements drastiques et rapides de la période de sécheresse actuelle.