Le Dr. Nelly Firmin, oncologue et chercheuse à l’Institut du Cancer de Montpellier (ICM), a été pour nous le choix idéal en cette période de clôture d’Octobre Rose, qui s’est achevée récemment…
Le Dr. Nelly Firmin, oncologue et chercheuse à l’ICM Montpellier, un établissement de renom dans le domaine du cancer, symbolise pour nous le choix parfait à mettre en avant alors que se termine Octobre Rose, période dédiée à la sensibilisation sur le dépistage et la prise en charge du cancer du sein. …
Cependant, pour Nelly Firmin, pour des dizaines de milliers de femmes en France – et quelques hommes également – la lutte ne s’arrête pas là. Elle fait même partie intégrante de leur quotidien. Ce métier, bien que prestigieux, est également éprouvant, car il expose inévitablement à la mort de manière brutale. « C’est une partie du métier », répond le Dr. Firmin avec calme, ajoutant une nuance essentielle : si le cancer est souvent associé à la maladie et à la mort, c’est en réalité la vie, et la détermination à vivre, qui façonnent les récits des patients qu’elle accompagne. La bataille contre le cancer est « difficile », mais elle ne se fait jamais seul(e). Cette interview en est une nouvelle illustration.
Entretien
Dr. Nelly Firmin, vous avez récemment donné le coup d’envoi d’un match entre Montpellier (MHSC) et Marseille (OM). Bien que cela ne nous ait pas particulièrement favorisés, cela a permis de remettre en lumière la cause d’Octobre Rose.
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Avec un sourire. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de messages que j’ai reçus après ce coup d’envoi ! Les gens ont de l’humour, et heureusement, moi aussi. Comme vous l’avez souligné, l’essentiel est que ma présence ait aidé à mettre en avant le Collectif Octobre Rose, l’ICM, et l’importance de soutenir la recherche. Rires. C’était une excellente occasion de rappeler que lorsque les entreprises s’engagent, c’est pour des actions concrètes ! En effet, le MHSC a reversé une part des recettes de ce match, ce qui contribuera à financer plusieurs projets de recherche liés à la lutte contre le cancer du sein. En fin de compte, cela dépasse largement l’enjeu d’une simple rencontre, n’est-ce pas ? Au nom de tous les soignants, chercheurs, et patients… Je tiens à adresser un immense merci à la famille Nicollin, ainsi qu’à toutes les personnes qui consacrent leur temps ou leur argent pour soutenir la lutte contre le cancer du sein. Bien que nous parlions de football, nous avons également reçu le soutien du handball, du rugby, et d’un grand nombre d’entreprises de divers secteurs.
Quel message souhaitez-vous transmettre cette fois-ci à travers les médias ?
Je voudrais que vos lecteurs prennent conscience d’une chose, et mettez-le en gras s’il vous plaît : « DEVIENS ACTEUR DE TA SANTÉ ! ». Bien sûr, l’Occitanie, avec son taux de participation au dépistage du cancer du sein de 56%, est un bon élève au niveau national (46% selon les chiffres de 2023), mais les 44% restants se sentent-ils vraiment invincibles ? Tous les obstacles ont été levés pour rendre le dépistage accessible à tous. En effet, le cancer du sein est le plus fréquent chez les femmes, touchant environ 1 femme sur 8 au cours de sa vie. Cela peut concerner une mère, une fille, une sœur, une cousine, une grand-mère ou une collègue. Tous les milieux sociaux, tous les âges sont concernés. De plus, nous avons constaté que des individus de plus en plus jeunes, dans leur vingtaine et trentaine, sont atteints. C’est pourquoi la campagne d’Octobre Rose 2024 mettra l’accent sur l’autopalpation.
« Une femme connaît son corps, elle peut détecter tout changement. La première recommandation est donc d’observer. »
Il est essentiel de savoir comment procéder.
Rassurez-vous, ce geste n’est pas compliqué. Surtout qu’au moindre doute, nous recommandons de consulter un professionnel. Une femme connaît bien son corps et peut discerner quand quelque chose « change ». L’observation est donc primordiale. Prenez le temps de regarder vos seins dans le miroir. Avez-vous remarqué un changement de forme ? Y a-t-il une rétraction cutanée ? En pinçant légèrement vos mamelons, ressentez-vous une sensibilité ou des sécrétions ? En examinant un sein après l’autre, palpez votre poitrine. Percevez-vous une boule, une asymétrie, ou quelque chose d’inhabituel ? Si vous répondez oui à l’une de ces questions, n’hésitez pas à consulter rapidement. Cela peut être pour lever un doute, mais dans le meilleur des cas, cela permettra un dépistage précoce, car ce cancer, lorsqu’il est détecté tôt, offre des taux de guérison très élevés.
Pourquoi observe-t-on que, plus on en parle et mieux on le soigne, plus le cancer du sein semble se multiplier autour de nous ?
C’est une question qui revient fréquemment et, sur ce sujet, je fais preuve de prudence. Cela est logique, d’une certaine manière.
Pourquoi cela ?
Parce que plus on effectue de recherches, plus on découvre, plus on dépiste, plus on identifie de cas de cancer. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il y en a plus qu’auparavant. Cela dit, vous avez raison de souligner que tout le monde connaît au moins une personne touchée par cette maladie. L’allongement de l’espérance de vie et l’exposition prolongée à des facteurs de risque, comme le stress, n’aident pas vraiment la santé des patients… Et bien sûr, il y a également des éléments comme la génétique, l’hérédité et la chance. Certaines tumeurs, très agressives, résistent aux traitements comme la chimiothérapie ou l’immunothérapie, même quand on combine ces méthodes. Dans ces cas, plus rares, je ressens un véritable sentiment d’injustice. Mais je suis convaincue qu’un jour, nous parviendrons également à les vaincre.
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En revenant au match, vous mentionnez que les fonds collectés serviront à financer la recherche. Mais pour quels projets spécifiques ? Les salaires des chercheurs ?
La majorité des fonds reversés à l’ICM servent à financer des projets de recherche académiques, c’est-à-dire des projets dont l’objectif principal est l’avancement de la science médicale. Je suis oncologue et chercheuse, comme tous mes collègues. Mon salaire n’est pas influencé par les dons, heureusement ! En tant que médecin, il est de ma responsabilité de mener des recherches. Cela nécessite des financements pour acheter du matériel, des équipements, et des outils statistiques qui soutiennent et valident les résultats obtenus. Il ne s’agit pas de se baser sur une intuition pour tirer des conclusions. C’est une démarche scientifique rigoureuse, longue et minutieusement vérifiée. Vous comprendrez donc le coût élevé d’une telle entreprise.
« On dit que le cancer est un combat collectif, c’est vrai. »
Quels sont les sujets de vos recherches personnelles ? En des termes simples, s’il vous plaît ! Nous ne sommes pas tous oncologues, ni même médecins ou scientifiques…
Sourire. En toute simplicité, alors ! Mes recherches, en collaboration avec l’INSERM, visent à déterminer si la présence et la localisation d’une protéine spécifique dans les cellules tumorales des patient(e)s atteints de cancer du sein constituent un facteur de résistance aux traitements disponibles. Si la réponse est non, cela permettra d’affiner les recherches d’autres scientifiques. Si la réponse est oui, alors nous poursuivrons nos travaux avec un nouvel objectif : trouver un moyen de neutraliser cette protéine. Grâce aux nombreux patients qui consentent à des prélèvements, nous créons ainsi une base de données clinico-biologique pour avancer dans nos recherches. Le cancer est un combat collectif, c’est indéniable.
Devenir oncologue, était-ce votre rêve ?
Cela l’est devenu. Tout comme ma spécialisation dans le domaine du cancer du sein (sous la direction du Pr. William Jacot), alors que je me dirigeais initialement vers des formes plus rares de cancer. Petite, j’ai été dès mon jeune âge exposée au milieu médical à cause d’une maladie de mon père. Je l’accompagnais souvent lors de ses consultations et j’ai été frappée par l’humanité, l’empathie et l’intelligence de la Professeure qui le suivait. Cela a sans doute contribué à éveiller ma vocation.
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« Le cancer agit comme une boussole. Que l’on soit touché par la maladie, acteur de soins ou simple témoin, cela nous confronte inévitablement à la question de la mort. »
Vivre avec le cancer au quotidien n’affecte-t-il pas votre vie personnelle ?
Le cancer sert de guide. Que l’on soit affecté par la maladie, impliqué dans les soins, ou simplement observateur, cela nous force à réfléchir sur la mort. Dans tous les cas, surtout pour les patients, cela entraîne ou accélère des choix de vie. « On remet en question ce qui est essentiel », comme on dit. Je reconnais que je vis davantage au jour le jour aujourd’hui qu’auparavant. Vous savez, je suis oncologue depuis onze ans (2013) et chaque histoire m’a marquée. Certaines sont tragiques, d’autres plus heureuses. Mais j’ai surtout appris que voir la mort comme une fin ou un échec est une erreur. De même, essayer de se protéger émotionnellement pour éviter la douleur n’est pas la solution. On ne peut jamais s’habituer à la mort. Mais quelle joie de célébrer la vie ! Que ce soit pour les moments difficiles ou les victoires, qui sont de plus en plus fréquentes, nous pouvons compter sur la force des équipes. Médecins, infirmiers : nous nous soutenons, pleurons parfois ensemble, mais nous célébrons aussi de véritables triomphes.
Pour nous remonter le moral, quelques statistiques ?
Depuis les années 80, le taux de mortalité du cancer du sein a chuté de plus de 40%. Cela est en grande partie dû au dépistage précoce. Au risque de me répéter… Pensez à vous faire dépister et à pratiquer l’autopalpation régulièrement. Messieurs, n’oubliez pas que dans 1% des cas, le cancer du sein touche également les hommes.
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ICM a également lancé un programme de soins de soutien.
Vous faites référence à NovaSein. L’Institut du Cancer de Montpellier, en collaboration avec AG2R LA MONDIALE, a effectivement lancé le projet « NovaSein » en septembre 2020. Ce programme multidisciplinaire vise à transformer l’accompagnement des femmes traitées pour un cancer du sein à l’ICM, en intégrant les soins dits de « soutien » dès la phase de rétablissement, après les traitements lourds, et tout au long de l’après-cancer. Ce projet est né des besoins exprimés par les patientes et leurs proches, et a pour but d’améliorer leur qualité de vie, de renforcer leur confiance et leur estime de soi, ainsi que leur image corporelle, tout en favorisant le « bien vieillir » et leur réintégration sociale.
Qu’est-ce qui vous inspire dans votre quotidien professionnel ? La vie, le combat de certains, les avancées scientifiques ?
(Elle prend un moment pour réfléchir) Je dirais… L’amour de la vie. Comme je l’ai mentionné précédemment, lorsque l’on parle du cancer, on évoque souvent la « mort », mais en réalité, un autre mot émerge rapidement, plus puissant, c’est « la vie ». Et cela, en soi, représente déjà une victoire.