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Un constat paradoxal émerge de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée-Corse : bien que les cours d’eau affichent une meilleure qualité, la présence de polluants dans les eaux continue d’augmenter.
La nouvelle étude de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse se concentre sur l’analyse des eaux de surface (rivières et lacs) ainsi que des eaux souterraines. Elle révèle que, sur l’ensemble de ce territoire allant des Alpes jusqu’à la Méditerranée, 48 % des rivières sont classées en bon état écologique (contre 45 % en Occitanie), tandis que 85 % des nappes phréatiques (92 % en Occitanie) présentent un bon état chimique.
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Des eaux dégradées dans les zones de plaine
Pour établir ses conclusions, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse réalise environ 6,5 millions d’analyses annuelles, en s’appuyant sur un réseau de 807 stations de mesure pour les rivières et 898 pour les eaux souterraines, tout en surveillant 1 400 paramètres chimiques et biologiques. Les résultats montrent une tendance claire : la qualité de l’eau s’améliore en altitude (Massif central, Cévennes, Alpes et Pyrénées), tandis qu’elle se dégrade dans les plaines, en particulier autour des grands centres industriels et agricoles, comme c’est le cas dans le Lauragais.
« Entre 2008 et 2023, la concentration de certains micropolluants organiques, dont l’effet toxique sur l’environnement est avéré, a été réduite de 75 % »
« Nous pouvons affirmer que l’eau du robinet en Occitanie est de très bonne qualité. C’est le produit le plus surveillé dans le pays, avec des normes très strictes », déclare Nicolas Mourlon, le directeur de l’Agence, qui précise que la qualité des eaux s’améliore en Occitanie depuis une vingtaine d’années. Toutefois, il mentionne la persistance de cours d’eau dégradés dans les plaines de l’arc méditerranéen, en particulier près des grandes villes et dans le bassin du Lauragais, ce dernier étant particulièrement affecté par l’utilisation de produits phytosanitaires.
– La concentration en ammonium (NH4+) a été réduite de 95 % ;
– La demande biochimique en oxygène a diminué de 80 % ;
– La concentration en phosphore a été réduite de 90 %.
Malgré ces avancées, plus de 130 « polluants émergents » sont toujours détectés dans les eaux, principalement issus du secteur pharmaceutique. Parmi les plus courants, on retrouve :
Metformine et irbesartan (produits pharmaceutiques), ion perchlorate (perchlorate), oxazépam, gabapentine, tramadol, sotalol, hydrochlorothiazide, carbamazépine, O-déméthylramadol, sulfaméthoxazole, O-desméthylvenlafaxine, paracétamol, galaxolide (un ingrédient cosmétique) et diclofénac.
Des avancées significatives ces dernières décennies
Il convient de souligner que l’Europe a mis en place des objectifs stricts pour améliorer la qualité de l’eau : « Bien que des progrès restent à faire, on constate une nette amélioration sur de nombreux indicateurs. Les progrès réalisés depuis plusieurs décennies sont indéniables. La pollution organique dans les rivières a été réduite de 95 % en ce qui concerne l’ammonium depuis 1990 », explique Nicolas Mourlon, qui évoque également une stratégie proactive en France pour améliorer les systèmes d’assainissement des eaux usées, soutenue par l’Agence de l’eau et les services de l’État.
Stabilité de la biodiversité
Les résultats positifs en matière de qualité de l’eau profitent également à l’environnement : « L’amélioration des paramètres physico-chimiques de l’eau a un impact bénéfique sur la biodiversité, comme en témoignent la stabilité des populations d’invertébrés, de diatomées et de poissons en Occitanie », explique Olivier Fontaine, chef de projet à l’Agence de l’eau. Il souligne que la présence de certains micropolluants organiques, nocifs pour l’environnement, a été réduite de 75 % entre 2008 et 2023. Les traitements dans les stations d’épuration continuent également de s’améliorer.
Glyphosate et triazines en question
Malgré ces résultats encourageants, l’Agence de l’Eau reste prudente et ne se considère pas encore victorieuse : « Les défis restent considérables pour lutter contre les pollutions de toutes sortes, qu’elles proviennent des pesticides ou de polluants émergents comme les PFAS, dont la détection s’améliore grâce à des techniques analytiques de pointe », souligne Olivier Fontaine. Il explique que les analyses actuelles permettent d’identifier un grand nombre de micropolluants dans les rivières et les nappes phréatiques, y compris du glyphosate et des triazines, un herbicide très puissant utilisé notamment dans la culture du maïs.
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Pour l’année 2023, 21 PFAS ont été détectés au moins une fois dans 71 % des stations en rivière et 50 % des stations en eaux souterraines d’Occitanie »
Pour l’année 2023, parmi les 1 400 paramètres analysés, 706 substances synthétiques ont été détectées au moins une fois dans les rivières et 356 dans les eaux souterraines, selon l’Agence de l’eau, qui précise que la moitié de ces substances sont des pesticides. « Dans la majorité des cas, les rivières ne présentent pas plus de pollution qu’auparavant, mais la meilleure capacité de détection révèle l’apparition de nouveaux polluants », ajoute Olivier Fontaine.
Une identification de plus de 130 polluants
Depuis 2015, l’agence surveille 159 polluants qualifiés d’« émergents » dans l’environnement. Il s’agit de produits pharmaceutiques, stéroïdes, hormones, stimulants et cosmétiques, qui sont principalement rejetés via les excréments (urine, fèces) des êtres humains et des animaux domestiques. « Parmi ces 159 substances, plus de 130 ont été retrouvées dans les cours d’eau des bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, principalement à cause de l’inefficacité des traitements dans les stations d’épuration », explique l’Agence, qui concentre également ses efforts sur les PFAS, surnommés les « polluants éternels ».
Les PFAS dans les eaux de la région
Les PFAS, qui regroupent les produits per- et polyfluoroalkyles, largement utilisés dans l’industrie, possèdent une faible biodégradabilité et peuvent être nocifs pour la santé. « En 2023, 21 de ces substances ont été détectées au moins une fois dans 71 % des stations en rivière et 50 % des stations en eaux souterraines d’Occitanie », précise Olivier Fontaine. Un polluant en particulier attire l’attention de l’Agence de l’eau : le métolachlore ESA, une substance hautement toxique présente dans certains herbicides. « Depuis 2017, la recherche sur les métabolites ESA et OXA, résultant de la dégradation du métolachlore, est très active… Nos analyses montrent qu’il y a dans la région une contamination importante des eaux souterraines par le métolachlore », déplore l’Agence.
3,127 milliards d’euros pour des actions concrètes
En dépit de la présence des PFAS et d’autres polluants, Nicolas Mourlon, le directeur de l’Agence de l’eau, affirme que la qualité de l’eau continue de s’améliorer, notamment grâce à une meilleure protection des cours d’eau et des lacs. « Rétablir un état satisfaisant des eaux nécessite de restaurer durablement tous les éléments physico-chimiques et biologiques d’un écosystème aquatique sain. Cela implique d’agir sur toutes les causes de dégradation, et pour cela, nous mobilisons tous les acteurs locaux pour réaliser des projets », souligne-t-il.
Pour ce faire, le 12ème programme d’intervention de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, qui s’étend de 2025 à 2030, dispose d’un budget de 3,127 milliards d’euros. « Nous avons déjà obtenu de bons résultats au niveau territorial. Nous continuons d’encourager et de soutenir financièrement les initiatives visant à restaurer la qualité des cours d’eau et à réduire la consommation d’eau, ainsi que des projets liés à la réutilisation des eaux usées », rappelle le directeur.
En ce qui concerne la pollution par les PFAS, Nicolas Mourlon assure que des mesures sont prises pour y faire face : « Une mission a été confiée à la Préfète coordonnatrice du bassin Rhône-Méditerranée : elle supervise une task force pour identifier et surveiller les zones touchées et mettre en œuvre des mesures de réduction des pollutions et de remédiation ».
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