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La saisie de deux vélos électriques lors d’une opération policière à Alès en 2022 a provoqué une agitation au sein de la BRI, l’unité d’élite de la police judiciaire de Montpellier. Voici le récit de cette affaire incroyable.
/ MÉTROPOLITAIN EN EXCLUSIVITÉ /
Ce récit pourrait parfaitement faire l’objet d’une série policière à la télévision, telle que « Un si grand soleil ». Une affaire fascinante qui met en lumière la crise interne qui secoue depuis deux ans la brigade de recherche et d’intervention (BRI), anciennement connue sous le nom d’anti-gang, ainsi que la police judiciaire de Montpellier, liée au vol de deux vélos électriques lors d’une perquisition dans le quartier des Promelles à Alès, dans le département du Gard.
Ces vélos n’ont jamais été retrouvés. Bien que des enquêteurs expérimentés de cette unité d’élite aient été confrontés à cette affaire, ils auraient pu la résoudre rapidement. Cependant, aucune action n’a été entreprise pour identifier les responsables, et cela pour une raison qui reste à élucider. Voici le récit de cette affaire pour le moins étrange.
Fugitif dangereux
En octobre 2022, une opération est initiée à Alès pour arrêter un fugitif dangereux qui se cachait dans une maison du quartier des Promelles. Conformément aux procédures habituelles de la BRI du SRPJ de Montpellier (qui a récemment changé de statut pour devenir un Service interdépartemental), les policiers, masqués, armés et protégés par des boucliers, étaient prêts à intervenir, pouvant même forcer une porte si nécessaire.
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L’opération se déroule sans problème, le fugitif est conduit à l’hôtel de police de Montpellier. Cependant, à l’arrière d’un des véhicules, deux vélos électriques de valeur sont découverts, probablement saisis lors de la perquisition. La hiérarchie est informée, y compris la directrice, mais un silence s’installe rapidement : il est demandé de ne pas en parler. Quelques heures plus tard, ces vélos disparaissent du commissariat central de Montpellier. Deux ans plus tard, le mystère demeure entier, mais ce vol présumé, étouffé par la hiérarchie, a engendré une série d’événements inattendus, avec des lettres anonymes, des règlements de comptes, et des mutations dans un climat de tension croissante.
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Le jour suivant la disparition des vélos, un membre de la famille du fugitif contacte la directrice de l’enquête pour signaler que des policiers de la BRI auraient volé les vélos. Pourtant, aucune action n’est entreprise. Un mois plus tard, un courrier anonyme parvient au SRPJ, mais il ne parviendra jamais sur le bureau de la directrice, car un commandant de la BRI ayant participé à l’opération l’intercepte, donnant un ordre clair : « celui qui parle sera renvoyé ».
Auteurs présumés identifiés
En décembre 2022, une nouvelle lettre arrive, cette fois à la responsable du SRPJ, menaçant de divulguer des preuves vidéo et photographiques. Un malaise s’installe dans le service, certains policiers qui ont participé à l’opération à Alès et qui connaissent les deux « collègues » impliqués, dont un officier responsable du détournement des vélos, choisissent de tout révéler au commissaire de la BRI. Ce dernier demande des rapports, et tous les agents présents à Alès, ayant vu les vélos dans le fourgon au retour à Montpellier, sont interrogés en interne.
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« La situation se dégrade rapidement, des policiers sont qualifiés de traîtres et sont mis à l’écart. Il faudra attendre quatre mois avant qu’une enquête administrative soit ouverte, gérée par la directrice adjointe du SRPJ, mutée de la PJ de Corse en raison de son implication présumée dans une affaire sensible. Les deux suspects du vol des vélos sont finalement entendus, mais ils ont eu connaissance des déclarations et accusations des autres policiers, ce qui a entaché l’enquête interne », révèle une source policière bien informée.
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Provocations et menaces
Les résultats de cet audit ne tardent pas à arriver, révélant un climat de tensions : insultes, provocations et menaces sont devenues monnaie courante dans ce service qui a pour mission de traquer les criminels en fuite. Dans les années 1990 et 2000, la BRI de Montpellier avait été saluée par le ministère de l’Intérieur pour son efficacité dans le démantèlement de l’organisation séparatiste basque ETA, qui se cachait dans des zones reculées du Languedoc.
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Policiers innocentés mutés
Suite à ces conclusions, la directrice de la PJ décide d’agir : les deux présumés voleurs, dont le commandant, restent à leur poste et continuent à opérer sans crainte, l’un d’eux recevant même une promotion. En revanche, ceux qui ont eu le courage de dénoncer les faits lors des auditions, tant en interne qu’auprès de l’IGPN, subissent des représailles. Sept d’entre eux sont contraints d’accepter une mutation, en vertu de l’article 25 de la loi n° 2019-828, qui a pour but de faciliter le mouvement des fonctionnaires d’État en fixant des durées minimales et maximales d’occupation de certains postes.
Brimades au sein de la BRI
Ces policiers, qui avaient pourtant une carrière exemplaire au sein de la PJ, se voient relégués dans des unités de la police nationale dans des commissariats de l’Hérault, espérant y retrouver un environnement apaisé. Cependant, ils continuent à subir des brimades et des sanctions déguisées, se traduisant par des évaluations très médiocres, qui sont considérées comme des représailles par leurs supérieurs.
Harcèlement moral et inégalités de traitement
La situation a empiré ces derniers mois, lorsqu’un des policiers, injustement accusé d’être corrompu et faisant partie des innocents punis, a déposé une plainte pour harcèlement moral et inégalité de traitement contre son supérieur. Il a également alerté le commissaire de la BRI et la directrice de la PJ qu’un de leurs collègues diffusait régulièrement sur les réseaux sociaux, sous le pseudonyme de Néné le Gardois, des messages dénigrant Emmanuel Macron, l’insultant à travers ses publications et ses gestes.
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Des situations étranges continuent de se produire : bien que l’IGPN et le procureur de la République de Montpellier aient été informés de ces publications, aucune poursuite n’a été engagée pour des propos jugés diffamatoires à l’égard d’Emmanuel Macron. Les enquêtes ont été rapidement classées sans suite. Bien que certaines publications aient été retirées, une reste encore en ligne, comme Métropolitain a pu le vérifier. Il est à noter que Néné le Gardois a choisi de se mettre en disponibilité, à sa demande.
Des protections en jeu ?
Un policier syndicaliste, préférant garder l’anonymat, s’interroge sur les raisons de ces classements et de l’absence de suites judiciaires : « Ces derniers mois, dans l’Hérault et ailleurs, des citoyens ayant insulté ou menacé le président de la République ont été rapidement identifiés, interpellés et jugés. Je pense que ces policiers de la PJ de Montpellier bénéficient de protections spécifiques ».
Un silence préoccupant
D’après nos informations, ces affaires étonnantes, mêlées à d’autres, nuisent à l’image de la BRI de Montpellier et du SIPJ, mais peu semblent s’en soucier. Hormis le chef de cabinet de Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, qui a fait part d’une demande d’examen des signalements, il n’y a eu aucun retour depuis sept mois. Ni Emmanuel Macron, ni le procureur général près la cour d’appel de Montpellier, destinataire d’une lettre en juillet dernier, ni le préfet de l’Hérault, saisi en mars, n’ont daigné répondre.
La balle est désormais dans le camp des nouveaux ministres de l’Intérieur, Benoit Retailleau, et du garde des Sceaux, ministre de la Justice, Didier Migaud, qui vont avoir à découvrir ce long et surréaliste feuilleton qui perturbe la BRI de Montpellier. Vont-ils enfin mettre en place une enquête pour retrouver les deux vélos électriques disparus ?
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