Le génie tactique de Monsieur Canayer : le secret de la réussite du Montpellier Handball

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Par LocMontpellier

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Patrice Canayer tire sa révérence après trente ans au Montpellier Handball

Après trente ans au Montpellier Handball, Patrice Canayer sera une dernière fois sur le bord du terrain ce vendredi 31 mai pour la réception de Toulouse au FDI Stadium. La fin de l’aventure au MHB est arrivée pour Patrice Canayer. Avant le dernier entraînement, le dernier match au FDI Stadium ce vendredi 31 mai à 20h45 face à Toulouse et les hommages qui suivront, mercredi s’est tenue l’ultime conférence de presse. L’occasion de se livrer non sans émotion.

Une dernière conférence de presse

La dernière conférence de presse de la saison du MHB est généralement le moment du bilan sportif – deux éliminations regrettables en demi-finale de la coupe de France et aux portes du Final4 de la Ligue des Champions, une troisième place en championnat synonyme de qualification européenne -, ce n’était cette fois clairement pas l’heure des comptes. « On est un peu nombreux pour un match du championnat de France contre Toulouse qui n’aura pas d’incidence même si c’est le derby de la région » s’amuse Patrice Canayer en ne changeant pas sa ligne de conduite : « Ce moment j’aurai préféré le faire après le match car je n’aime pas quand les choses viennent en confrontation avec la partie sportive mais j’ai bien peur que ce soit difficile après le match ».

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Si le club prépare un hommage à la hauteur de son emblématique entraîneur, « j’ai bien peur de manquer de lucidité » confie-t-il. Lui qui a toujours été d’une certaine froideur face aux événements commence à sentir les émotions arriver dans cette dernière semaine. À ses côtés, le président Julien Deljarry accompagné de son père André Deljarry, représentant les actionnaires, Christophe Puech, directeur général appelé à prendre plus de responsabilités, et Valentin Porte, capitaine de l’équipe professionnelle, ne les cachent pas eux.

 » je n’aime pas ce sentiment de nostalgie »

Patrice Canayer n’aime pas se replonger dans le passé, avouant garder très peu de souvenirs « Chez moi je n’ai pas de photos, rien qui rappelle le handball, c’est presque maladif. J’ai fait un effort mais je n’aime pas ce sentiment de nostalgie ». Les circonstances et le sollicitations des journalistes l’ont obligées. Il fait toutefois une exception à l’exercice mémoriel. « Je me rappelle de tous les joueurs que j’ai entrainé, qu’ils soient célèbres ou moins célèbres. Je pourrai décrire leur personnalité au moment où je les ai connu. Mais le reste, je ne peux pas ». Au-delà des 42 titres apportés en trente ans au MHB, la fierté vient surtout « d’avoir fait d’un club de sport, une institution, une référence dans beaucoup de domaines ».

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De cette aventure, Patrice Canayer tient toutefois à rendre hommage à un homme : « Objectivement, c’est Georges Frêche qui m’a fait basculer. Chaque fois que j’ai signé un contrat à Montpellier, pas une seule fois j’ai signé sans aller le voir et discuter avec lui. Il avait une vision stratégique et politique de ce qu’était un club de haut niveau dans une ville et une métropole. Il n’y a pas longtemps, j’ai échangé avec Jean-Paul Montanari (ndlr : directeur de Montpellier Danse depuis 41 ans qui prendra sa retraite cette année). Ce qui nous a beaucoup marqué, c’est que l’on a participé à une aventure qui dépasse le cadre du sport ou de la culture. On a essayé de faire de cette ville et de cette Métropole de Montpellier, dans cette région ancienne Languedoc-Roussillon, aujourd’hui Occitanie, de faire voir que le sport et la culture pouvaient être des éléments majeurs dans la vie de la société. À ceux qui n’ont pas compris ce qu’était le sport de haut niveau, ce qu’était le rôle de la culture et du sport, je leur dis regardez ce qui s’est fait à Montpellier ».

« Il faut savoir bien clôturer les histoires »

Réexpliquant les raisons de son départ et l’envie de faire d’autres choses, il tient à relever arriver en fin de contrat. « Je suis allé au bout de mon engagement » et d’exprimer sa reconnaissance envers son président, les membres du comité directeur et les actionnaires pour « cette marque de confiance renouvelée mais j’ai estimé qu’une histoire devait s’arrêter et, les quarante ans du club, trente ans au MHB, c’était le bon moment ». Triste mais Patrice Canayer souligne : « Je ne suis pas naïf, je connais le sport de haut niveau par cœur. C’est un privilège immense pour un entraîneur – manager général de pouvoir finir avec de la joie et des sourires alors que bien souvent nos métiers sont des métiers qui se terminent mal. Il faut savoir bien clôturer les histoires ». Donnant un rapide coup d’œil dans le rétro, il confesse : « C’est un métier qui m’a amené beaucoup plus que ce que je pensais et j’ai été gâté au niveau professionnel par la vie. Il faut savoir être reconnaissant et ne pas aller trop loin ».

Un départ poussé également par l’envie de « retrouver la maîtrise de mon agenda. Si c’est un métier passionnant et valorisant, c’est un métier où les contraintes sont importantes en termes de charge de travail, de charge émotionnel, de sacrifice sur la vie familiale et sur la vie sociale. J’ai envie de profiter un peu plus ». Moins contraint par le calendrier sportif et des semaines à deux matchs avec des voyages à l’autre bout de l’Europe, Patrice Canayer devrait être bien occupé entre la politique et sa société de conseil aux entreprises, clubs sportifs et collectivités. D’autant qu’il n’a jamais été question de retraite et que l’entraîneur ne ferme pas la porte à tout retour dans le handball si le manque se fait sentir et l’aventure tentante.

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« Je passe le flambeau dans de bonnes conditions »

Depuis cinq ans, avec l’arrivée de Julien Deljarry et de nouvelles personnes, une nouvelle ère s’est engagée au MHB. « Avec les équipes, on a travaillé de manière extrêmement efficace, en toute confiance. On s’est dit les choses quant on avait les choses à se dire » pointe Patrice Canayer qui, avec sa casquette de manager général s’adresse aux collaborateurs : « Je n’ai jamais fait de différences entre les salariés et les joueurs, tous ont la même identité qui s’appelle le Montpellier Handball, ils sont essentiels. J’ai eu un plaisir immense à travailler avec eux au quotidien. Ce sont des gens de très grandes qualités, il y a dans la structure salariés des gens de très haut niveau, des gens qui ont progressé en interne avec de vraies compétences, ce qui est pour moi une vraie satisfaction ».

S’il s’en va, Patrice Canayer ne témoigne pas d’inquiétude quant à l’avenir du MHB. « Je passe le flambeau dans de bonnes conditions et je suis heureux de le passer à d’autres qui assureront la pérennité du club. Tout est en place pour que cela fonctionne bien. C’est beaucoup plus facile de partir en se disant que les choses vont continuer en étant peut-être différente, ce qui est normal et bien ».

« J’oserai dire des liens d’amour »

S’adressant enfin au public, Patrice Canayer dit avoir été « très touché par l’accueil dans un grand nombre de clubs en France et à l’étranger. Je suis par moment tellement compétiteur que je vois les adversaires comme des ennemis quelque part. Je râle auprès des joueurs parce que des fois ils s’embrassent avant le match… j’ai tellement le truc du club que mes adversaires se sont mes ennemis, donc ce ne sont pas mes amis. J’ai été touché par les marques de reconnaissance des dirigeants et du public ». Quant à celui de Montpellier, s’il réserve ses mots pour vendredi soir, Patrice Canayer débute « C’est une histoire avec beaucoup de liens… » et, en réalisant peut-être cette fin proche, fend alors l’armure quelques secondes. Les larmes coulant et la voix tremblante, il conclut : « J’oserai dire des liens d’amour ».

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Reste une dernière épreuve que cet ultime match ce soir face à Toulouse. « Toute ma carrière j’ai essayé de maitriser les facteurs émotionnels car c’est ce qui est décisif dans la haute performance. Avant de le demander aux joueurs, j’ai essayé de me l’appliquer et de maitriser le plus possible mes facteurs émotionnels. Même si on ne les maitrise jamais totalement, j’ai essayé de les maitriser toute ma carrière mais j’ai peur que vendredi ce soit pour moi, à ce niveau-là, le match le plus difficile ». Soixante dernières minutes et au bout, ce ne sera que de l’amour. Et sans doute quelques larmes. Merci Monsieur Canayer !

Les hommages

Julien Deljarry , président du MHB : « J’ai connu Patrice j’avais 12 ans. J’ai connu le Montpellier Handball de Patrice Canayer, de Robert Molines à ce moment-là, et c’est ce Montpellier Handball qui m’a fait rêver et m’a attrapé quelque part et qui a fait que depuis 20 ans, et je m’imagine encore pour autant de temps à l’avenir, je serai lié, attaché et je grandirai avec le Montpellier Handball. Lorsque l’on a eu cette réunion au début de la saison, je savais que ce moment allait arriver mais que j’imaginais le plus tard possible. En tant que président, je savais que cela arriverait mais je ne le voulais pas. J’étais peut-être attaché à ce que j’ai vécu et ce que représente le Montpellier Handball. L’aventure a grandi quand mon père s’est impliqué dans le club et qu’on a pu le faire ensemble. Évidemment que c’est beaucoup d’émotions aujourd’hui mais je partage le fait que ce n’est jamais une fin. Évidemment, Patrice sera toujours le bienvenu et on aura toujours des liens ensemble. On est tous là, je parle de la presse, des supporters, des bénévoles, des actionnaires, des salariés… de tout l’ensemble de l’écosystème du Montpellier Handball parce que à un moment donné des hommes comme Jean-Paul Lacombe, Robert Molines ou Patrice Canayer ont lancé une dynamique avec une ascension exceptionnelle vers l’Everest jusqu’à aller chercher deux titres internationaux. On continuera cette histoire à l’avenir c’est certain. Encore un grand merci à Patrice. Le sentiment que j’ai c’est que l’on ne fera jamais assez d’hommages qui pourraient récompenser trente ans d’investissements et surtout de résultats exceptionnels, 42 titres au Montpellier Handball. Aujourd’hui, c’est un simple merci, vendredi ce sera encore plus d’hommages. Ce lien sera indéfectible à vie entre Patrice Canayer et le Montpellier Handball ».

André Deljarry, représentant les actionnaires : « Ce n’est jamais fini. Je suis sûr que nous allons revoir Patrice dans de nombreuses structures. Il est passionné et on ne décroche jamais. On essaye de se dire que l’on aura moins d’activités mais c’est faux. Je le dis à Patrice de façon très claire, il aura autant d’activités si ce n’est plus. Après c’est vrai que l’on arrive à mieux organiser son emploi du temps. Je vis depuis plus de 25 ans une formidable aventure que nous avons vécu aussi grâce à Patrice. Je tiens à dire merci Patrice Canayer de ce qui a été fait ensemble. Ce n’a pas été toujours facile car nous sommes tous des personnes de caractère. On vit de grands moments avec le public, les joueurs, le staff et toutes les personnes qui représentent le monde du handball. Chaque fois que l’on vient à Bougnol, c’est de la passion et de la joie. Je remercie grandement Patrice Canayer de ce grand bonheur qu’il nous a fait partager ».

Valentin Porte, capitaine du MHB : « Ce n’est pas forcément facile. Cette conférence de presse me renvoie au début d’année à cette réunion avec Julien et Patrice où il nous a signifié que ce serait sa dernière année. J’ai pris une vague d’émotions car je me suis mis à sa place. Après tant d’années et tout ce qui a été fait, j’allais assister à la dernière année de ce monsieur, je serai là. Cela a été bizarre pendant une semaine mais, professionnel comme il est et comme nous sommes, l’année est passée, elle est même passée très vite. (ndlr : la voix grelotante). Ce moment est compliqué pour moi. Je suis venu en 2016 à Montpellier à 80% pour Patrice Canayer. De ce que je voyais de l’autre côté du terrain à Toulouse et de ce qu’il se dégageait de ses équipes, cela me plaisait. Je remercie le club et lui de m’avoir fait confiance et de me donner cette chance de voir ce que cela donnait de l’intérieur. Il n’y a pas un jour où je ne me lève pas avec énormément de respect. Patrice, tu m’as beaucoup aidé en tant que joueur et tant qu’homme. Cela a été une inspiration pour moi et cela sera toujours. Je le connais, il ne va pas s’arrêter comme ça et sera à fond dans ses projets. Au nom des joueurs, je le remercie pour tout ce temps, cette passion et cette rigueur qu’il nous a apporté. Le seul petit regret que j’ai, c’est de ne pas avoir pu gagner plus de titres. Je suis venu ici pour gagner beaucoup, j’en ai gagné qu’un, certes le plus beau mais qu’un. On aurait voulu gagner plus de titres pour ce club et Patrice. C’est le seul regret que je peux avoir. Encore une fois, à titre personnel, je remercie Patrice pour tout ce qu’il m’a apporté et apporté aux joueurs ».

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Montpellier – Toulouse, vendredi 31 mai à 20h45 au FDI Stadium. Renseignements et billetterie sur montpellierhandball.com.

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