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Un dispositif novateur pour soutenir les jeunes en difficulté
Dans le département de l’Hérault, un projet novateur se met en place pour aider les jeunes issus de l’Aide sociale à l’enfance. Ce dispositif combine hébergement en foyer et un accompagnement intensif, afin de lutter contre la précarité qui touche cette population vulnérable.
26 % des personnes sans-abri ont été accueillies par l’Aide sociale à l’enfance, selon une étude nationale publiée en 2019. Face à cette situation préoccupante, plusieurs associations basées dans l’Hérault se mobilisent pour offrir des perspectives à ces jeunes souvent laissés à eux-mêmes.
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Les foyers de jeunes travailleurs (FJT), qui sont reconnus par la CAF et intégrés dans le Code de l’action sociale et des familles, fournissent un cadre structuré pour les jeunes de 16 à 25 ans. « L’objectif est de faciliter l’accès au logement pour ceux qui sont actifs ou en insertion, mais qui rencontrent des difficultés à se loger dans des zones comme Montpellier, où les loyers sont très élevés », indique Marie Convert, responsable du service Habitat Jeunes Montpellier.
Au sein de la métropole montpelliéraine, il existe neuf résidences qui totalisent environ 350 logements. Ces structures offrent des studios avec salle de bain et cuisine privative, et parfois des chambres avec restauration collective, comme c’est le cas à la résidence Castellane. Habitat Jeunes Montpellier gère également des appartements pour d’autres types d’hébergements.
Un soutien au-delà du simple hébergement
Les foyers de jeunes travailleurs ne se limitent pas à fournir un logement ; ils visent également un objectif éducatif et social. Tous les quatre ans, un projet collectif est soumis à la CAF pour conserver l’agrément. Ce projet est centré sur l’autonomie, l’émancipation et la citoyenneté. « Nous mettons un accent particulier sur les activités collectives, car elles sont essentielles pour encourager l’échange, l’insertion et l’intégration », précise Marie Convert. Les résidents participent à diverses activités, telles que des randonnées, des ateliers de jardinage, des sports, des cours de cuisine multiculturelle, ainsi que des week-ends au ski ou en camping dans les Cévennes. Ces moments partagés permettent de rompre l’isolement et de créer des liens entre les jeunes : « Cuisiner et partager un repas ensemble est un moyen simple mais puissant de sortir de l’isolement. »
« Nous mettons un accent particulier sur les activités collectives, car elles sont essentielles pour encourager l’échange, l’insertion et l’intégration »
L’accompagnement des jeunes comprend également des formations sur la gestion de la vie quotidienne. Des ateliers sont organisés pour enseigner comment remplir des déclarations fiscales, gérer un budget et effectuer des démarches administratives. Ces initiatives visent à soutenir une jeunesse souvent dépourvue de repères ou de soutien familial.
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Le programme « Un toit en avant » pour les jeunes sortis de l’ASE
Les statistiques soulignent le besoin d’un accompagnement spécifique pour éviter les « sorties sèches », c’est-à-dire les situations où des jeunes se retrouvent seuls à leur majorité.
Pour répondre à cette problématique, Habitat Jeunes Montpellier et l’ADEPAPE 34 ont élaboré ensemble le programme « Un toit en avant ». Financé par le Département et l’État, ce projet expérimental a pour objectif de fournir un hébergement temporaire au sein des foyers de jeunes travailleurs, associé à un accompagnement global. « C’est une collaboration en deux volets : Habitat Jeunes s’occupe de l’hébergement, tandis que l’ADEPAPE 34 se concentre sur le suivi individuel », explique un coordinateur du projet.
Présentation de l’ADEPAPE
L’ADEPAPE (Association départementale d’entraide des personnes accueillies à la protection de l’enfance) est une association régie par la loi de 1901, présente dans chaque département français, qui a pour mission de soutenir les jeunes et anciens bénéficiaires de l’aide sociale à l’enfance (ASE).
Elle aide ces jeunes dans leur transition vers l’autonomie en leur fournissant :
– Un soutien moral et social, pour les aider à faire face aux défis de la vie adulte
– Une aide financière ponctuelle, sous forme de subventions spécifiques pour le logement, la formation ou les démarches essentielles
– Des actions d’entraide et un accompagnement personnalisé, visant à réduire l’isolement
– Des activités collectives et événements, favorisant l’intégration et la solidarité
Avec un budget de 47 000 euros pour 2024, ce programme accompagne les jeunes dans tous les aspects de leur insertion : logement, accès aux droits, formation, emploi et parcours de soins. « Le logement est une étape, mais l’objectif ultime est que ces jeunes puissent s’émanciper et se stabiliser à leur propre rythme », souligne François Teste, coordinateur chez ADEPAPE 34.
« Le logement est une étape, mais l’objectif ultime est que ces jeunes puissent s’émanciper et se stabiliser à leur propre rythme »
Les défis rencontrés par ces jeunes
La précarité que subissent les jeunes sortant de l’ASE résulte de divers facteurs : manque de soutien familial, problèmes financiers et incertitude quant à leur insertion professionnelle. « Sans garant ni économies, il est quasiment impossible d’accéder au parc locatif privé », se désole-t-il. Cette réalité, couplée à la pénurie de logements sociaux, prolonge souvent le séjour en FJT au-delà des deux ans prévus. « Un contrat d’occupation d’un an, renouvelable une fois, ne suffit pas toujours », confirme Marie Convert. Les équipes s’efforcent donc de trouver des solutions intermédiaires : intermédiation locative, résidences sociales ou partenariats avec des bailleurs. Habitat Jeunes Montpellier gère également une « boutique logement jeune », qui offre conseils et orientations vers des solutions adaptées.
Les foyers de jeunes travailleurs ont pour valeur fondamentale la mixité sociale. « Ici, un apprenti peut côtoyer un étudiant en Bac+6 ou un ancien de l’ASE », précise la responsable de service à Habitat Jeunes Montpellier. Depuis son lancement il y a quatre ans, « Un toit en avant » affiche des résultats prometteurs. Certains jeunes poursuivent des études supérieures, trouvent un emploi stable ou accèdent à un logement indépendant. Cependant, le suivi à long terme reste limité. « Les jeunes changent souvent de numéro de téléphone, ce qui complique l’évaluation des parcours », admet l’intervenant.
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Le financement, encore en phase d’expérimentation et non permanent, constitue une autre contrainte : « Ce dispositif fonctionne parce que nous avons le temps nécessaire pour accompagner les jeunes. Avec un travailleur social pour 40 résidents, cela ne serait pas viable. » Actuellement, seulement cinq places sont constamment disponibles, ce qui est bien en deçà des besoins réels. Pour pérenniser et développer ces initiatives, les associations demandent un financement stable. Elles envisagent également d’élargir leurs solutions à d’autres territoires du département, comme Sète ou Béziers.
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