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Le permis de conduire à 17 ans
Depuis le début de l’année 2024, il n’est plus nécessaire d’avoir 18 ans pour rouler avec le permis de conduire en poche. Les auto-écoles font le point sur leur fréquentation.
Une hausse des inscriptions à l’auto-école
À l’auto-école montpelliéraine O’Permis Lemasson, les inscriptions de jeunes désireux de passer leur permis à l’âge de 17 ans se multiplient. « On a enregistré une hausse de 10% en janvier, si bien que j’ai recruté un moniteur dans mon agence pour pallier la demande », s’étonne Ilias Jemrhili, gérant de l’établissement. Depuis l’abaissement officiel, le 1er janvier, de l’âge requis pour conduire seul, il se creuse les méninges pour organiser son planning de leçons. Alors, les adolescents anticipent. « Si un jeune commence un peu trop tard et qu’il s’inscrit à 16 ans pour une conduite accompagnée, il ne pourra pas passer son examen à 17 ans pile. J’ai de plus en plus d’élèves qui viennent aux alentours des 15 ans », remarque le moniteur.
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\ »C\’est plutôt pour sortir que je veux le permis. Quand je vais voir mes amis ou ma copine, je me sens toujours un peu gêné de demander à mes parents de faire le taxi\ »
De leur côté, les jeunes ne cachent pas leur enthousiasme. S’inscrire au plus vite dans une auto-école et aller au lycée en voiture : voilà le rêve d’Adrien, qui espère trouver une date d’ici « début mars », « mais pas plus tard ». « Je suis en lycée général, je n’ai ni stage ni apprentissage, donc dans l’idée, ce n’est pas une nécessité pour moi. C’est plutôt pour sortir que je veux le permis. Quand je vais voir mes amis ou ma copine, je me sens toujours un peu gêné de demander à mes parents de faire le taxi », confesse l’adolescent qui a fêté son 17ème anniversaire il y a quelques semaines.
Une baisse de la conduite accompagnée
Cependant, ce changement interroge les professionnels du secteur, confrontés à un délaissement de la conduite accompagnée. « On a eu une vague d’élèves qui ont préféré passer directement le permis, même s’il leur restait quelques mois de conduite accompagnée. Ils ont seulement pris quatre heures de conduite pour passer l’examen », déplore Ilias Jemrhili. Une tendance qui se confirme hélas pour Éloise Chabuel, gérante d’Automotion à Castelnau-le-Lez : « De plus en plus de jeunes cassent leur conduite accompagnée pour passer l’examen classique. On perd l’attrait pour cette filière et c’est un peu dommage ». Léane fait partie de ces novices qui n’ont pas souhaité mener à terme leur conduite accompagnée. « Je suis en CAP vente, je fais plus d’une heure de train et je dois prendre un bus pour me rendre dans la boutique où je travaille. C’est épuisant, d’autant qu’avec une voiture, je mettrai tout juste une demi-heure », soupire la lycéenne.
\ »C’est pas mal de les rendre mobiles. Ma petite sœur était pâtissière et on faisait des allers-retours tôt le matin pendant son apprentissage et tout le monde devait suivre\ »
Derrière la déception, la compréhension. En effet, les gérants d’auto-écoles admettent que le permis à 17 ans représente un bel avantage pour bon nombre de jeunes. Éloise Chabuel a elle-même été témoin de ce manque de mobilité handicapant : « C’est pas mal de les rendre mobiles. Ma petite sœur était pâtissière et on faisait des allers-retours tôt le matin pendant son apprentissage et tout le monde devait suivre ». Le permis de conduire, c’est la liberté, et le gérant d’O Permis Lemasson l’accorde. « À 17 ans, certains jeunes travaillent déjà, hors de Montpellier et en horaires décalés, donc je comprends bien que c’est pratique pour eux. Au-delà du travail, s’ils doivent voir un amoureux ou une amoureuse, je les imagine mal demander aux parents ! », plaisante ce dernier.
Les réticences et les questions
Alors que l’auto-école d’Ilias Jemrhili tourne à plein régime, Éloise Chabuel n’a pas eu la vague d’inscriptions qu’elle attendait. « On s’était dit qu’on allait avoir une ruée de jeunes début janvier », s’étonne-t-elle encore aujourd’hui. Pour elle, l’argument financier peut représenter un obstacle pour les adolescents « en lycée général, ne pouvant être aidés par leurs parents ou utiliser leur compte CPF ». Elle verrait aussi d’un bon œil, pour soulager le porte-monnaie des familles, que l’État accorde aux parents le droit de consacrer tout ou partie des sommes détenues sur leur compte personnel de formation (CPF) au paiement du permis de conduire de leurs enfants. Un point sur lequel la rejoint parfaitement le gérant d’O Permis : « Le CPF des parents devrait profiter aux enfants. Ils ont 3000 ou 4000 euros dessus et les jeunes doivent quand même sortir l’argent de leur poche ». Sur un aspect plus pratique, la question de l’assurance inquiète bon nombre d’adolescents. « C’est super compliqué de savoir comment ça fonctionne, même en regardant avec mes parents, j’ai eu du mal à comprendre », avoue Hugo, lycéen en pleine hésitation.
Comment assurer son véhicule en étant mineur ? Julien Mazué, agent général d’assurances chez Allianz, à Montpellier, apporte quelques clés de compréhension. « Avec l’abaissement de l’âge d’obtention du permis de conduire, les jeunes inscrits à l’examen pourront obtenir le permis B et conduire en toute autonomie dès l’âge de 17 ans en France », confirme ce dernier. Toutefois, « un mineur ne peut pas être le souscripteur d’un contrat d’assurance, le parent ou le représentant légal majeur doit donc se positionner en tant que souscripteur et signer le contrat d’assurance en son nom ». Le titulaire du permis pourra ensuite être assuré en tant que conducteur principal ou secondaire. Une certaine souplesse qui a un coût. « Les novices ayant moins de trois ans de permis représentent 15% des polices d’assurance pour 67% de la charge de sinistres corporels. C’est là qu’on voit la disproportion, ce qui justifie un prix plus élevé », cite Julien Mazué, avançant « des tarifs préférentiels pour les enfants d’assurés ou les apprentis en conduite accompagnée ».
Les débats sur la sécurité routière
Laisser des conducteurs mineurs prendre la route divise sur le plan sécuritaire. Les chiffres ne sont pas en leur faveur. L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (Onisr) dévoile qu’en 2022, 549 personnes de 18 à 24 ans sont décédées dans des accidents de la route en France. Il s’agit de la tranche d’âge la plus touchée (17% des décès), alors même qu’elle ne correspond qu’à 8% de la population française. De ce côté-là, les deux gérants ne partagent pas tout à fait la même opinion. Éloise Chabuel mise sur la responsabilité des adultes. « J’ai un peu d’espoir qu’à 17 ans, même s’ils sont au lycée, les parents ne les laissent pas sortir seuls à n’importe quelle heure avec leur véhicule », escompte la monitrice d’Automotion. Ilias Jemrhili est un brin moins optimiste : « C’est inquiétant de savoir que certains vont rouler tout seul en ville vu les comportements dangereux qu’ils ont avec leurs scooters 50cc ».
\ »C’est inquiétant de savoir que certains vont rouler tout seul en ville vu les comportements dangereux qu\’ils ont avec leurs scooters 50cc\ »
Malgré tout, ils s’accordent sur le fait que la maturité des jeunes ne dépend pas forcément de leur âge. « Il y en a des plus raisonnables à 16 qu’à 20 ans », concède le gérant d’O Permis Lemasson, qui émet une dernière réserve : « si c’est pour aller travailler, c’est cool, mais si c’est pour faire des bêtises le week-end, ça pose question ».