Montrer les sections Cacher les sections
- La réutilisation des eaux usées traitées : une solution face à la sécheresse
- Qu’appelle-t-on les eaux usées et à quoi sont-elles destinées actuellement ?
- En quoi consiste la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) ?
- Le Plan National Eau prévoit de passer de 1% à 10% d’utilisation des eaux usées d’ici 2030. Est-ce un objectif atteignable et suffisant pour avoir un impact ?
- Le Plan prévoit un assouplissement de la législation. Est-ce que cela va permettre de libérer des projets en cours ?
- Les projets de REUT en Occitanie
- L’acceptabilité de la réutilisation des eaux usées traitées
- Différents projets de réutilisation des eaux usées en France
- Pourquoi la France est-elle en retard par rapport à d’autres pays ?
- La réutilisation des eaux usées à petite échelle
- Les défis de la réutilisation des eaux usées traitées
- Conclusion
La réutilisation des eaux usées traitées : une solution face à la sécheresse
La sécheresse de 2022 a mis en évidence les besoins hydriques de la France. Une crise, comme une prise de conscience malgré les nombreuses alertes, à laquelle le gouvernement entend répondre par le Plan National Eau présenté en janvier dernier. Parmi les axes à explorer, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) dont on a vu une des illustrations cet été avec l’arrosage des golfs comme celui de La Grande-Motte. Dans d’autres pays, la pratique est déjà courante avec des usages encore plus poussés. À Singapour par exemple, l’eau potable en est issue. Julie Mendret, maître de conférence à l’Université de Montpellier et chercheuse à l’Institut Européen des Membranes, mène justement en Occitanie des projets de REUT. Si elle prévient que ce n’est pas la solution miracle au stress hydrique rencontré, la France doit passer le cap. À la fois par nécessité et bon sens.
Qu’appelle-t-on les eaux usées et à quoi sont-elles destinées actuellement ?
Les eaux usées sont les eaux collectées dans les habitations une fois qu’on les a utilisées. On les collecte aussi dans les industries, les hôpitaux… mais elles ne sont pas toujours raccordées ensemble. Elles sont ensuite acheminées dans une station de traitement des eaux usées où elles vont subir toute une série de traitements. À la sortie, elles doivent répondre à une norme de rejet pour pouvoir être rejetée dans l’environnement : les cours d’eau, en mer…
En quoi consiste la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) ?
Plutôt que de rejeter ces eaux dans l’environnement, on va considérer qu’elles peuvent servir à autre chose. Elles n’ont pas la qualité d’une eau potable mais elles peuvent être utilisées pour l’irrigation agricole, le nettoyage de voirie, l’hydrocurage de réseaux, la lutte contre les incendies…
Le Plan National Eau prévoit de passer de 1% à 10% d’utilisation des eaux usées d’ici 2030. Est-ce un objectif atteignable et suffisant pour avoir un impact ?
C’est un objectif ambitieux. Je ne sais pas si il est atteignable mais, ce qui est sûr, c’est que nous avons une grosse marge de manœuvre. Toutefois, les volumes qui entrent en jeu ne vont pas nous permettre de régler le problème de la sécheresse, cela reste marginal par rapport aux besoins en eau.
Le Plan prévoit un assouplissement de la législation. Est-ce que cela va permettre de libérer des projets en cours ?
Justement, un des freins de la REUT était le problème de la réglementation. Il est vraiment important que ce soit une pratique encadrée. Les eaux usées contiennent notamment des agents pathogènes avec un risque microbien. Il est donc nécessaire de garantir l’innocuité de la pratique. Ce n’est cependant pas cela qui est remis en question mais les lourdeurs administratives liées à l’application de la réglementation. Jusqu’à présent il y avait beaucoup d’interlocuteurs, de nombreuses analyses… qui amenaient des délais vraiment longs. Il fallait attendre au minimum cinq ans entre le moment où on décidait d’un projet et sa mise en œuvre, ce qui était quand même dissuasif. Une des simplifications est de passer à un guichet unique. Par ailleurs, un décret paru en août dernier devrait faciliter la REUT pour les eaux non conventionnelles destinées à des usages urbains.
À lire Hérault : les premières listes pour les municipales 2026 dévoilées à Montpellier
Les projets de REUT en Occitanie
Julie Mendret coordonne le projet AQUIREUSE (IEM Montpellier, CHROME Nîmes, PROMES Perpignan) qui est en train de se terminer. C’est un projet novateur car nous expérimentons une filière de traitement pour faire de la recharge de nappe phréatique par des eaux usées traitées qui présentent une très bonne qualité. On prélève des eaux usées en sortie de station, on ajoute des étapes de traitement pour atteindre une très bonne qualité d’eau afin de pouvoir recharger la nappe phréatique par une infiltration dans le sol. La recharge d’aquifère est un usage encore assez marginal en France mais cela se fait beaucoup en Australie ou en Californie. Les trois laboratoires ont travaillé sur des procédés de traitement par nanofiltration, photocatalyse et infiltration dans le sol puis on a assemblé cette chaîne jusqu’à atteindre une excellente qualité d’eau. Il est en effet important de ne jamais dégrader la qualité de la nappe phréatique que l’on va recharger donc il faut amener une qualité d’eau au moins égale à celle de la nappe. Dans la continuité, avec ses collègues, Julie Mendret a déposé le projet ComPaqui coordonné par Stephan Brosillon dans le cadre du défi Clé WOc, mis en place par la Région Occitanie et orienté vers la réutilisation des eaux usées en Occitanie. Ils ont obtenu un financement dans le prolongement d’AQUIREUSE afin de continuer leurs expérimentations en laboratoire. Ils vont notamment essayer d’augmenter la dégradation dans le sol en apportant des amendements comme de la matière organique. Ce projet est associé à un Living Lab à Claira dans les Pyrénées-Orientales.
L’acceptabilité de la réutilisation des eaux usées traitées
À l’échelle internationale, l’acceptabilité de la réutilisation des eaux usées traitées est en progression. En France, les derniers sondages montrent une augmentation de cette acceptabilité notamment suite aux épisodes de sécheresse et à beaucoup de communication autour de l’eau. Il est nécessaire de continuer à en parler et à expliquer les bénéfices de cette pratique. Singapour, par exemple, a réussi à instaurer une confiance de la population envers l’eau potable produite à partir d’eaux usées traitées grâce à des programmes éducatifs et de communication.
Différents projets de réutilisation des eaux usées en France
En France, plusieurs projets sont en cours de développement. Parmi eux, le projet Jourdain en Vendée vise à rendre l’eau des eaux usées traitées de très bonne qualité pour permettre sa réutilisation indirecte dans la retenue d’eau servant de réserve pour l’usine de production d’eau potable. Cette pratique, appelée potabilisation indirecte, permet de rassurer les gens en passant par le milieu naturel.
Pourquoi la France est-elle en retard par rapport à d’autres pays ?
La France est en retard sur la réutilisation des eaux usées traitées par rapport à d’autres pays comme Israël, l’Espagne ou l’Italie. Cela s’explique par le fait que ces pays ont été confrontés au manque d’eau depuis plus longtemps et ont donc dû trouver des solutions alternatives. Cependant, la réutilisation des eaux usées peut être mise en place avant d’atteindre un stress hydrique, car cela a du sens d’utiliser une eau non potable pour des usages non potables.
La réutilisation des eaux usées à petite échelle
La réutilisation des eaux grises, qui sont les eaux usées à l’exclusion des eaux des toilettes, peut être mise en place à petite échelle dans des bâtiments d’habitation collectif. Cela permet d’utiliser les eaux traitées pour l’arrosage des plantes ou le nettoyage des parties communes. Toutefois, cela nécessite une unité de traitement spécifique et actuellement, l’utilisation des eaux grises pour alimenter les toilettes n’est pas encore autorisée en France.
Les défis de la réutilisation des eaux usées traitées
La réutilisation des eaux usées traitées n’est pas la solution miracle au stress hydrique. Cependant, c’est une pratique incontournable qu’il faut mettre en place et maintenir. Il est important de prendre en compte la présence de micro polluants dans les eaux usées, tels que des résidus de produits pharmaceutiques ou de pesticides. Ces polluants nécessitent des technologies coûteuses et énergivores pour être éliminés. Il est donc primordial de limiter les entrants de ces polluants dès le départ. De plus, le coût de l’eau reste un frein à la réutilisation des eaux usées traitées, notamment pour l’irrigation agricole.
Conclusion
La réutilisation des eaux usées traitées est une solution parmi d’autres pour faire face aux besoins hydriques de la France. Bien que ce ne soit pas une solution miracle, elle doit être mise en place et maintenue pour limiter le stress hydrique. Il est également nécessaire de sensibiliser et d’informer la population sur les bénéfices de cette pratique. Cependant, il reste des défis à relever, tels que la présence de micro polluants dans les eaux usées et le coût de l’eau. La réutilisation des eaux usées traitées doit être étudiée au cas par cas et adaptée à chaque situation.